Née le 28 juillet 1988 à Saint-Gaudens, Mélissa commence sa carrière professionnelle en tant que footballeuse. D’abord à l’ESOFV La Roche-sur-Yon en 2003, puis elle continue d’évoluer au poste de milieu de terrain à Montpellier, Lyon et Guingamp avant de terminer sa carrière à St Malo. Parallèlement au football, elle valide un doctorat en psychologie sociale. Mélissa va très tôt s’intéresser aux liens entre les stéréotypes de genre et les comportements d’abandon ou d’engagement sportifs des individus. Suite à sa soutenance de thèse, elle a créé son cabinet de conseil et de formation sur le thème de l’égalité avec un partenaire du club de St Malo. A cause de problèmes de genoux, elle doit mettre un terme à sa carrière la saison passée. Désireuse de rendre hommage au football, elle sera l’année prochaine entraîneure adjoint de St Malo en Division 2 féminine.

  • En quoi consiste votre travail de consultante chez Queo Improve ?

J’accompagne les structures désireuses de s’engager dans une démarche égalitaire (entreprises, collectivités territoriales, clubs, collèges et lycées). L’idée c’est de faire soit de la sensibilisation soit de la formation. Par exemple en entreprise, je forme des managers et des personnels des ressources humaines à la non-discrimination et à la lutte contre les stéréotypes. Je donne aussi des conférences autour du sport ; je suis sollicitée pour faire le parallèle entre le sport de haut niveau et le monde de l’entreprise.

  • Avez-vous fait face à des discriminations de genre lors de votre carrière ?

Oui! Dans un milieu aussi machiste que le football évidemment ! Même si cela a évolué et que ça continue d’évoluer… Des discriminations de salaire, de traitement, d’encadrement… Je dois dire que le sport est aujourd’hui encore un des seuls bastions où le sexisme s’exprime assez ouvertement et sans être forcément remis en cause.

  • Ce sont ces discriminations qui vous ont poussé à en faire vos études et votre métier ?

Faire des études, on n’avait pas forcément le choix à l’époque. On ne gagnait pas notre vie grâce au football donc il fallait prévoir l’après. Et puis d’autre part, il fallait que j’essaie de comprendre les mécanismes de pourquoi on en arrivait là. Quand j’ai soutenu ma thèse, la question s’est posée entre « Est-ce que je suis la voie académique ? » c’est à dire être prof en fac ou « est-ce qu’au contraire je vais faire le lien entre le monde de la recherche et la société ? ». Société qui a besoin des connaissances qu’on acquiert dans le monde de la recherche pour évoluer. Du coup, je me sentais plus utile en montant ce cabinet et en étant sur le terrain, en accompagnant et éduquant les gens. En France, l’égalité n’est pas encore tout à fait ancrée dans notre culture, contrairement à d’autres pays.

  • Est-ce que vous avez constaté des améliorations par rapport à l’égalité femmes-hommes depuis que vous êtes consultante ?

 J’ai vu des améliorations et surtout beaucoup de prise de conscience. Parce qu’au départ c’est vraiment ça ! C’est-à-dire arrêter d’être dans le déni et se dire que la discrimination et les stéréotypes ça ne concerne que les autres. Finalement on est tous auteurs et victimes. Malheureusement cela fait partie de notre système cognitif. Il faut sortir de ce déni pour pouvoir prendre conscience et pouvoir agir au mieux ensuite.

  • Quelles sont selon vous les solutions à apporter pour favoriser l’égalité femmes-hommes ?

Il n’y a pas forcément de solutions miracles. Je pense déjà qu’il faut avant tout éduquer à l’égalité. Quand on arrivera à éduquer nos enfants dès tout petit et leur ouvrir le champ des possibles à tous, c’est-à-dire filles et garçons compris, je pense qu’on aura déjà fait un grand pas. Le combat dans le sport il m’est cher parce que j’ai envie que les femmes y trouvent une place légitime, parce que c’est un moyen fabuleux d’émancipation et d’épanouissement. Pour moi cela, va passer par un peu plus de visibilité pour amener les gens à connaître le sport féminin. Quand on voit ce qui se passe dans le football notamment avec la médiatisation de plus en plus de compétitions féminines comme l’Euro 2017 je pense que c’est une très bonne nouvelle et qu’il faut continuer à tendre vers ce but.

 

Par Djelina Ndiaye