Quelles sont vos missions en tant que vice-présidente de la Fédération Française de tennis de table ?

Je touche un peu à tout concernant la partie loisirs. Ma mission est d’augmenter le nombre de licenciés et de mettre en place des outils de développement afin d’augmenter les services dans les clubs sur l’ensemble du territoire français. Dans le but d’améliorer les services aux licenciés et donner de nouveaux outils aux clubs pour avoir plus de licenciés et un meilleur service.

Cela va du développement durable au label, à la féminisation voire mixité et l’insertion avec du travail en milieu carcéral.

Où en est l’égalité femme-homme dans le tennis de table ?

Ça ne se passe pas très bien. On a 17% de licences féminines et peu d’entraîneures féminines. Au niveau du bureau et du conseil général, c’est un peu mieux. A des postes clés et responsabilités c’est beaucoup mieux puisque la secrétaire générale Françoise Lapicque, la responsable en charge de la formation Sophie Bodin, et moi-même sommes des femmes. Il y a une vraie volonté de la part de notre président de mettre des femmes à des postes clés.

Par contre dans le haut-niveau, on en est très loin surtout concernant les entraineurs. On essaye de faire évoluer les mentalités mais la Fédération Française de tennis de table est une vieille dame donc cela prend du temps.

« On est quand même une fédération relativement machiste et de culture plutôt tournée vers les hommes donc il y a un traitement différent entre les femmes et les hommes »

 

Existe-t-il des différences entre les femmes et les hommes dans le tennis de table ?

 On est quand même une fédération relativement machiste et de culture plutôt tournée vers les hommes donc il y a quand même un traitement différent entre les femmes et les hommes. Après ce sont des ressentis, c’est interne, c’est difficile de mettre des images. On a un vrai challenge et travail à mettre en place à ce niveau.

Au niveau des bénévoles on est resté sur des stéréotypes : on en est encore à la femme qui est secrétaire et l’homme qui a des postes à responsabilité.  Ça change mais doucement il faut prendre le temps c’est un travail de longue haleine.


Quelles sont vos priorités pour le développement du tennis de table ?

 Au niveau du développement on va travailler beaucoup sur les jeunes (4-17 ans). Pour changer les mœurs on part un peu du principe que plus tôt les enfants ont de bonnes habitudes et mieux c’est pour la suite.

On veut travailler aussi sur le développement durable et continuer le travail sur la féminisation voire la mixité. Le terme féminisation fait un peu peur alors que je suis vraiment sur le partage des tâches et des valeurs. On a des capacités et des connaissances différentes, des ressentis différents alors ensemble on est plus forts. Il y a un vrai marché à conquérir en termes de licences et de nouvelles pratiques chez les femmes.
On axe également un peu plus le développement sur la pratique loisirs et famille, parce qu’on est un sport familial auquel on peut jouer de 5 à 90 ans sans problème. On voudrait promouvoir le tennis de table à travers les valeurs de la famille. C’est un axe assez important.

« Le plan de féminisation ne fait pas tout, la volonté est aussi importante »

 

 En quoi consiste le plan de féminisation que vous avez mis en place depuis 2013 ?

J’avais créé un club des femmes dirigeantes il y a 4 ans pour regrouper les dirigeantes qui sont reconnues dans notre fédération : présidente de club, présidente de département, présidente de ligue (il y a 4 ans il y en avait une maintenant il n’y en a plus). On voulait les regrouper et créer un vrai réseau et des moments d’échanges pour que ces femmes puissent se retrouver et s’entraider. S’il y en a une qui souhaite monter les échelons qu’elle puisse s’appuyer sur un réseau.

On a fait aussi un site qui s’appelle « partage ton ping au féminin » où on regroupait toutes les actions qui étaient faites au niveau national et de les promouvoir afin que des gens qui ne se connaissent pas puissent prendre des idées des autres clubs sur l’ensemble du territoire.

On a suivi le plan de féminisation qui nous avait été donné par le ministère et on suivait un peu le cahier de route pour faire en sorte de bouger les lignes.

Le règlement accepte que les femmes puissent jouer dans le championnat masculin départemental et régional mais pas au niveau national. Après 4 ans de tractation j’ai réussi à changer ce règlement et à faire en sorte que les femmes soient limitées par leur niveau dans la pratique mais plus par leur genre. On fait bouger les lignes petit à petit.

Le plan de féminisation ne fait pas tout, la volonté est aussi importante. J’ai quand même la chance d’avoir un président qui est attentif à cette thématique-là. Malheureusement, il y a même des freins qui datent de longtemps qu’on ne peut pas enlever du jour au lendemain. C’est un travail de longue haleine.

 « Si des femmes sont élues ce sont des hommes qui ne le sont pas »

 

Que pensez-vous de la place des femmes dans les métiers du sport ?

Comme dans tous les métiers, plus on va vers le haut moins il y a de femmes qui occupent des postes à responsabilité. C’est valable aussi dans le sport où la femme est encore en retrait. On est sur un vieux fonctionnement, celui la loi de 1901 qui a quand même 116 ans et qui aurait besoin d’être actualisée. On a toujours très peu de présidentes de fédérations et de DTN.

Mais on voit quand même que la société bouge et a fait évoluer le monde du sport également. Le mouvement est enclenché on est sur la bonne voie. C’est un peu comme un accouchement dans la douleur.

Après il faut aussi comprendre que s’il y a des femmes qui sont élues ce sont des hommes qui ne le sont pas. Donc ils défendent leur place parce qu’ils ont toujours été dans ces milieux-là de sport, comité olympique que ce soit départemental, régional ou national. Donc il faut travailler. Ma génération et la nouvelle génération sont conscientes de l’importance de ce combat.

J’ai eu la chance de faire partie de la formation « SUCCESS » organisée par le CNOSF pour la promotion des femmes à responsabilités au niveau européen en partenariat avec 5 autres comités nationaux olympiques.
Il s’agit d’une formation en anglais sur le management et la gestion de projet.  On voit quand même que le mouvement sportif essaye de mettre en place des réseaux pour les femmes.

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Anne Boileau Demaret en bref

 Anne Boileau-Demaret est une pongiste française née le 16 juillet 1975 en Vendée. Elle commence le tennis de table à l’âge de 6 ans et évolue en pro jusqu’à ses 25 ans.

Palmarès :

  • 6 fois championne de France consécutif au niveau sénior de tennis de table
  • Une quinzaine de titre de championne de France toutes catégories et toutes compétitions confondues
  • Participation aux jeux olympiques de Sydney en 2000
  • Médaillée de bronze européen

En parallèle de sa carrière de sportive de haut-niveau elle passe ses diplômes d’entraîneure puis à la fin de carrière fait une reconversion pour être agent immobilier. Elle est actuellement gérante de 2 agences immobilières et maman de 2 enfants.

Il y a 9 ans elle intègre la Fédération Française de tennis de table au départ comme simple élue. Puis au dernier mandat elle était en charge de la féminisation pour la Fédération. Lors de la dernière élection en avril 2017, elle est élue vice-présidente de la fédération en charge du développement à titre bénévole.